LE MATIN DU PROCHAIN AUTRE JOUR
"Aujourd’hui
mon amour je suis trop fatigué pour t’écrire. Tu trouveras dans ton
cœur une lettre de plusieurs pages, remplie de silence. Lis-la
lentement. La lumière de ce jour l’a écrite en mon nom. Il n’y est
question que de toi et de ce repos qui me vient chaque fois que je
tourne mon visage vers ton visage, là-bas, à plusieurs centaines de
kilomètres.
Il
faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout
les plus ordinaires – ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une
main – avec le plus grand soin et l’attention la plus vive, comme si le
sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d’ailleurs il
est vrai que le sort du monde et le cours des étoiles en dépendent.
Nous
envoyons notre ombre en ambassade, loin devant nous. Nous la regardons
parler à d’autres ombres, leur serrer la main et parfois se battre avec
elles. Nous regardons tout ça de loin et le réel n’entre que pour peu
dans nos vies – dans l’effraction d’une joie ou d’une douleur auxquelles
nous commençons par refuser de croire.
La certitude d’avoir été, un jour, une fois, aimé – c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière.”
Christian Bobin
(Extrait de L’éloignement du monde)
De
cette nuit franchie tes bras me sont restés pleins des odeurs fortes
qu’à ton corps quand il se met à ne vouloir qu’aimer et rien d’autre,
puisque aimer est le Tout, qui ne s’encombre pas d’inutile.
On en parle de partout à l’encan.
Les hommes ne croient qu’au pouvoir de l’argent.
La
montagne et Jean en savaient plus haut que l’Everest de la simplicité
qui fonde la grandeur de toutes choses. Messieurs les beaux habits,
Mesdames les belles crèmes antirides, ne sont que des enduits de façade,
promis à la fissuration.
Un
petit chemin dans l’herbe qui s’y prête va mieux au coeur du bon
endroit qu’une autoroute qui ignore l’âme des petits villages. La plage
au bas de tes yeux, crique le bain de mes regards voyageurs qui croquent
le bon geste .
Un cerne est un matin bleu des étoiles peints au nocturne de nos jardins sous la lune.
Ceux
qui clament être des changeurs de monde ne sont que des allumeurs
d’artifices mouillés, de marées sèches, de lunaisons sans fesses, de
prothèses sociales, de mauvais numéros de transformistes qui ne savent
absolument rien de la vertu première du sel .
Quelques
fils de lin tissés aux poils du bois de mes pinceaux te serviront de
cerfs-volants, je t’aime d’une écriture sans maux, je t’aime, d’un
regain de vie trouvé au souffle de chaque baiser que tu s’aimes à la
volée.
Tes
yeux ont bus tout le bleu-vert de la nappe océane, quelque soit
l’encan, ton regard pose en tous lieux l’étendue de son sel en reflets.
Me
voici bien réveillé au matin du prochain autre jour, prêt pour le A du
cinquième, nourri de ta nudité que les algues touffent aux bons endroits
Niala-Loisobleu
20 Janvier 2015


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire