samedi 28 février 2015

ABÎME

maison_campagne

ABIME

Chacun est trop pour être seul.
Henri Barbusse
Je suis l’endroit précis d’où je suis parti
je suis les hommes, en raison de leur nombre
les turpitudes, comme les pages déjà lues
je suis le plant qui croît dans les décombres
le fou encourant le soupçon de savoir la vérité
l’accalmie rendue à la moindre anicroche
je suis le sac de nœuds qu’on tranche à l’épée
les griffes qui s’aiguisent contre les troncs
l’ouï-dire furtif rasant les murs
je suis le peuple fiévreux qui gémit
peut-être le doute, que cela me vienne vite
le concert donné vers l’aube du jour
je suis la flèche, telle est la règle du jeu
le migrateur dont il reste un bref passage
la puce élastique, inutile de le dire
je suis la revendication de déambuler nu
la caillasse qui fait saigner les arpions
la vraisemblance tombée en désuétude
je suis l’insomnie pour ce qu’elle tire de ce monde
le pansement de fortune sur un état de l’âme
le rythme lent gravé dans la mémoire
je suis les soubresauts, et sans fin ils s’ensuivent
l’antilope qui ignore la marche arrière
la cécité devenue héréditaire
je suis l’accroche quasi hypnotique
le boxeur qui sonne les heures
le clignement d’yeux continu des idées
je suis, en son esthétique, une double hélice
l’anartiste dans un cachot, prostré
le condor raflé par une trombe soudaine
je suis le souffreteux gêné par les délabrements
le croche-pied aux habitudes
l’Orient à l’affût, mais un autre le dirait mieux
je suis l’empressé qui se mêle de tout
l’invité du marquis de Couille-Verte
l’adresse du facteur restée secrète
je suis un fragment en queue de la Grande Ourse
l’œil qui rit avec afféterie
l’accent mis partout sur les performances
je suis la ruse de l’apache, j’agis avec prudence
la résistance du mineur devant l’autorité
la nuit qui plane jusqu’en Islande
je suis l’innocent comme le présumé
le rameur d’une galère congénitale
la jouissance en quête de disparition
je suis l’aire trouble où les femmes racolent
celui qui marche nettement mieux qu’il ne court
la poire d’angoisse si bien avalée qu’elle ne crie
je suis le motif obsédant dans le réveil des pensées
la térébenthine où se dissolvent les peintres
un fouillis de flammes, d’une indicible rage
je suis une levée en masse, jamais égalée
le gigantesque essaim lâché en arrière des talus
l’affirmation aiguë des lesbiennes
je suis l’asphalte de qui n’a nulle part où aller
l’adieu d’une grand-mère à sa petite fille
la libération des contrées opprimées
je suis l’eau et la brassée de paille
la parole, c’est si dur d’être mis en sourdine
le flair d’une bête pourchassée
je suis le visible qui se dévoile autrement qu’hier
l’arbre abattu qui a roulé au bas du ravin
le silence advenu dans le cri des larmes
je suis le cheval surchargé de vaincus
l’achat d’une conduite payée au rabais
l’os luxé par des coups de pelle
je suis le gueux, ni plus ni moins que lui
la toile abstraite couverte de poussière
l’achèvement de travaux lilliputiens
je suis plus un enfant qu’un arbre
le phraseur qui renvoie le son vers le sol
l’image déformée par un miroir cylindrique
je suis le va-et-vient, sans arriver jamais
le lieu qui met les proies en sûreté
la détonation dans les nuages
je suis, en imagination, chaman ou détective
la quatre-vingt douzième année d’une vie
le livre où l’on espére se désaltérer
je suis un piaf, sans aucune espèce de souci
le silence, pas question d’y échapper
le mur d’enceinte des cimetières
je suis l’acceptation des obèses dans le monde
l’horizon, et ce n’est pas le moindre miracle
l’être dépourvu de bouche et d’yeux
je suis le six amené d’un coup de dés
l’exigence de celui qui n’attend rien
le rastaquouère dont on ne peut se soucier
je suis l’orbe d’une terre cuite
le clochard qui manque de soutien
le détour de l’eau dans les salines
je suis l’hôte qui connaît la marche à suivre
la lente traversée d’une ligne de crête
le religieux qui renonce à ses vœux
je suis la plèbe sagouine qui grouille
le ricochet ininterrompu dansant sur l’étang
le paysage échappé de son cadre
je suis le coma béant de l’éternité
la rondeur d’une boule carrée
le nez qui s’essuie sur les revers
je suis le passage obligé de toute crise
le court-circuit, comme chacun à son tour
et dans l’ombre perfide un lâcher d’oies
je suis l’œuf d’or tué par cupidité
le sol qui s’ouvre par le retrait des eaux
le calme ensorceleur précédant l’orage
je suis la façon rare de passer inaperçu
l’abandon plongeant et sans issue 
l’injure en équilibre sur un pèse-lettres
je suis un pic large par le haut et étroit par le bas
une tempête filmée à Ouessant
l’ambition de rendre les gens heureux
je suis dans l’oreille celui qui enseigne à mal dire
le classement par âge d’une flopée de gens
le tournoiement de la porte en plusieurs endroits
je suis la femme abordable par les sans-abris
l’encauchemardé plein de plaies et de bosses
la fille délicieusement allumée
je suis l’allure soutenue quand l’on cesse d’espérer
un Cupidon jeté à la gribouillette
la furie soudée par la force des cuisses
je suis le problème des monts et merveilles
le sang et la sueur dans l’arène
la statue changée en mariée de la main gauche
je suis le faux pli des draps roulés
le bleu vu au plein de la lune
mais serais-je jamais plus exempt de souffrances
je suis les raisons de faire croire que je suis mort
l’anguille de Melun surprise à Saint-Malo
l’apaisement sans lequel je ne pourrais tenir
je suis le composé de rêves dont nul ne se lasse
le matelas fait de pétales odorantes
la rafale et le froid jetés pêle-mêle
je suis les mots que l’on suspend
le taux d’abstention qui chute
le repaire où se cachent les détrousseurs
je suis le sansonnet de la roupie
les genoux piqués en terre
le retrécissement des trous
je suis le cri répété par cinq cents poitrines
la cibiche fumée à l’arrachée
les fleurs qu’on vole sur les tombes
je suis la vase destinée au vinaigre
le nuage qui fait paraître le ciel plus sale
le bois noueux, difficile à polir
je suis la truffe irritée par l’odeur d’encens
la captive dont le bien-aimé s’éloigne
l’impulsion d’un mécanisme miniature
je suis une nonne en habit d’Ève
la corde des bassons et des violons
l’agent double qui se trahit lui-même
je suis le bonjour échangé de burlesque façon
la neige qui semble rire des frayeurs
l’incurable, mendiant une gorgée d’air
je suis la salle des pas perdus
l’ajout approximatif des phrases
l’homme aux cent yeux, n’en fermant que la moitié
je suis la hantise des nombres rangés sous vitrines
les dents du griffon limées en pointe
l’aile de l’avion qui s’arrache
je suis la couleur affichée comme atout
la rosée suintant sur les vitraux
l’œil bandé qui distribue la chance
je suis l’austérité sans qu’elle ne soit à portée
le destinataire des lettres de Cracovie
la chevelure dénouée et sans racines
je suis le zéro qu’on ne peut atteindre
la ville sortie méchamment de terre
les futilités qui se sont infiltrées
je suis la monture à des émeraudes d’occasion
l’Eldorado des boucs émissaires
le rire à la vue d’un dieu boiteux
je suis le vélo dans les têtes azimutées
le train bondé au châssis chancelant
l’idée qui se bat mais n’en vaut pas la peine
je suis l’allégresse qui se mesure en kilomètres
l’hérésie jugeant préférable de se dérober
la difficulté qui, une fois résolue, paraît simple
je suis l’être qui avoue ne pas exister
l’abîme, comme il fallait s’y attendre
quand bien même serais-je cette seule réalité.
Henry Chiparlart (2006)
L’autour dans les changeurs est en impasse de devenir.
Sa tête me faisait l’effet d’une tourelle de char, rien qu’à le regarder je ne pensais qu’au bourrage de crâne, oh faut dire que de ce côté là il était armée à lui tout seul. J’ai remarqué que les êtres qui en fond le moins sont ceux qui dans la frime débordent de par tout. Ce mec c’était une prothèse à tous les maux, pas un qui ne tombaient en panne. Fallait voir comment le vent peinait à le remonter sans jamais pouvoir parvenirà le dépasser. Une omniprésence intercontinentale qui fatiguait l’avions (nous) à l’extrême, plus le temps de faire le plein, les lents on en avait pas besoin.
Dommage que son noeud de cravate était toujours de travers, il aurait mieux valu que ce soit son appendice qui le soit. La représentation diplomatique à tous craint,  genre (mariage pour tous,montre davantage d’attachement au stérile que d’intentions aux actes concis mais réels.
L’abîme sépare …définition la coupure…
Niala-Loisobleu
28 Février 2015
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jeudi 26 février 2015

LEVITERAI-JE ?

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LEVITERAI-JE ?


La question se posant de savoir si je me la sors ou si je me la rentre, toute mon éducation est mise au pied d'un mur plus empreint à la lamentation qu'à la réjouissance d'appartenir à la race humaine.

Autour de moi les bateaux vont et viennent sans plus avoir le moindre pilote à la passerelle. Je passerai rapidement sur l'assèchement de mon païs, qui n'a plus que des zoos artificiels pour naviguer, où comble d'insanité on détruit toutes espèces à l'inverse du rôle fondamental de tout parc de conservation reproductive.

Le phénomène de néantisation touche l'ensemble de la planète, les plus au fait s'occupant principalement de foutre la merde dans le système de base élémentaire, une forme de sabotage des organes moteurs. Arriver, par incapacité de se faire reluire en cinoche, à envoyer Cotillard aux Philippines bordel c'est le seul moyen laïque de reconnaître le port du fou l'art. Mais ça demeurerait risible si au fond de lui-même, le roi faits néant ne se prenait pas pour l'Histoire en entrant dans le jeu pervers d'une fin programmée.

L'Homme traîne avec lui le pire de ses microbes, les grandes épidémies l'ont bien mis en exergue, il est sa propre peste et que quoi qui passe ou advienne, il se la soigne de peur de la perdre.

Malgré les efforts des fabricants de vaccin, ce ne sera pas la grippe qui sera le péril de cet hiver. Non il y a beaucoup plus efficace en matière de destruction totale. Il y a le monstre barbare qui ne trouvant pas la décapitation humaine assez florissante a décidé de s'en prendre à l'Histoire des Civilisations.

Malheur à celui qui touche à la pierre, elle est la trace indestructible de l'existence humaine.


Niala-Loisobleu

27 Février 2015


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mercredi 25 février 2015

ROSE AURORE


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ROSE AURORE

Tes cheveux accrochés à la tête du lit, laissent filer les dernières noirceurs dans la perspective du matin qui pointe

Saccadé le bruit des roues règle son pas sur l'écartement des traverses

Un chemin ouvert en patte-d'oie propose ses tours de ville

Sur le chevet les lunettes sont prêtes à relayer le rêve d'un sommeil posé sur la vague de son tapis volant

Itinéraire à quatre mains attelées en équipage

Qui laisse en corps du temps à prélasser la fente des paupières

Le sifflement du train-percolateur n'a pas commencé à répandre l'odeur café sur le sol

A la lucarne d'un trou au plafond

Tu es plus près de la peau de mes yeux

Que les derniers mots que tes lèvres n'ont pas encore écrits

Voilà comme nous nous vivons d'une étreinte vespérale au premier métro

Les bruits des éboueurs cognant les bidons du laitier

Alors que le dernier cheval pétrifié ne quitte plus le socle de sa statue

Les journaux imprimés la veille font l'édito du jour qui suit 

Nous n'avons que faire d'usages immodérés du quotidien

Sans avoir d'abord  répondu au rite de l'amour

Si douce est ta voix quand elle change l'eau des mots crus

Coupant la tige qui prolonge la sève au-delà du premier orgasme

La tâche d'un drap étant tellement plus propre qu'une éjaculation refoulée

Oui tait les descriptions impudiques des bonnes manières

Entend les bruits d'eau qui sourcent de son ventre

Ceci étant sans conteste bien plus franc qu'une ceinture de chasteté

Plus drainant aussi

Et plus irriguant que ce tiers-monde à la peau sèche qui ne pense qu'au commerce

au jour le jour

L'amour ne paie pas le placement d'un conte en suisse

Il dit par l'épargne du silence

Le naturel intérêt de la transmission pérenne de l'ô fraiche...


Niala-Loisobleu

26 Février 2015


cerisier-fleurs

mardi 24 février 2015

LENDEMAIN


BIBI 20 NOVEMBRE 2005 010

LENDEMAIN

J'ai laissé aux sombres pensées le goût des habits de deuil,
je ne porte pas particulièrement d'habits noirs parce que tu t'es sortie de ma joie simple.
Je peux trouver au bleu mon souffle naturel malgré les apparences d'un gris pluvieux profond.
Ôter de mes mots-dits les fleurs plastiques que je voyais naturelles dans l'iris de tes yeux,
le chien perdu garde cette odeur unique qui ne l'égarera pas au centre de la puanteur.
C'est difficile d'admettre de lire l'envers à l'endroit où fut la première pierre,
en pleine bourrasque, là où régnait l'illusion d'un soleil qui se tenait droit.
Je peux voir tout ce que tu me caches sans fuir l'histoire mot à mot.
Les mois qui parlent d'éternité sont en vérité le résumé d'une peur de parvenir au lendemain
devenir la suite d'un présent spontanément réfléchi.
Il ne peut faire beau d'une ignorance de l'art
on ne crée rien qui procède de la lumière en confusion de sa couleur intrinsèque.
L'odeur évaporée tient du manque de vertu des aérosols imposteurs
ils ont de l'espace le fade de l'absence de sel, la mécanique d'un pore artificiel.
Ce matin le bouquet d'hier est rentré tout seul chez l'herboriste se coucher parmi les tisanes.

Niala-Loisobleu
24 Février 2015
BIBI 20 NOVEMBRE 2005 005

dimanche 22 février 2015

N'ETEINS PAS MON REVE, IL S'ECRIE MON COEUR !


chemin-ferme

N'ETEINS PAS MON REVE, IL S'ECRIE MON COEUR !

Les falaises d'ardoise se font craies au mépris des mines de plomb
Comme le plumeau de mes doigts se fout de la poussière ménagère
Aux étoiles les araignées tissent des fils pour les pensées trapézistes
Combien de sentes avons-nous roulé, des charrettes plaines d'herbe fraîche
Des meules de nuages liées par des moissons d'étreintes
Des odeurs de savon au sortir des tubs de l'été
A la douche, rincés des pliures des draps de nos horizontalités chaotiques
Rouges tatouages des poulpes aux tentaculaires jeux
Jaunes mûrissements céréaliers dans la plaie d'un cri ouvert
Mauves glissements de chanvre au bas de ta nuque
Ocres des roussilles des pisées aux marches des espaliers
Blancheurs de riz flamandées du rose écornant le noir du toro
Là où les tissus volent toutes les musiques pour faire chanter les chemises
A l'écart des poules hurlant danger les gitans rodent

N'éteins pas mon rêve, il s'écrie mon Coeur !

J'ai vu des cerceaux de couleurs courir à l'assaut des buttes
Par bonds et rebonds de montgolfières qui se laissent ascendées
Des gosses mal débarbouillés les embrassant de fraise et de mûres aux coing des gelées
La barbarie terrassée par un orgue, se tenant à l'ombre sous l'olivier
Les traînées des tortures maculeront toujours les poteaux aux yeux bandés
La souffrance est comme le cierge qui est toujours remplacé
Lueur pour s'orienter dans ses ténèbres
Lueur pour poursuivre dans ses doutes
Lueur pour armer l'espérance, sur les parvis
Lueur pour se souvenir qu'il faut vivre et franchir la porte basse
La forêt en colonnade jette ses troncs par la rosace dans l'envol d'une harmonie
Descendons au plus enfoui pour trouver l'utopie
Et remontons la jeter comme on jette une passerelle entre deux rives
On s'en balance du vide, nos bras sont ouverts

N'éteins pas mon rêve, il s'écrie mon Coeur !

Tu te souviens du jour où tu m'as tendu ton creux pour que j'y jette mon encre
La route n'a pas été mise à péage, mais ça ne l'a pas empêché de nous coûter cher
De larmes de joie et de souffrance nous avons rempli ses fossés
Le temps grenouille se la faisant vilain crapaud sans le moindre scrupule
Ne donnant pas que les bons coups à nos reins, mais aussi les courbatures de tous les manques
La frustration ordinaire au prix fort de la sublimation c'est le choix difficile de la sélection
Des écrans gazeux flottent entre les pages, comme une étamine filtrante
Faisant des greniers en étages, comme une ruche au coeur d'un lieu mystérieux
Un lieu très secret que nous tenons à l'écart des autres
La grotte, la caverne, l'antre, le ventre de notre absolue intimité
Où je t'écris des toiles, des tableaux, des histoires folles sans queue ni tête
Ponctuées d'incessants je t'aime en bleu jour et en nuits bleues
Un jardin suspendu aux courbes d'un arc-en-ciel, qui va de toile à moelle en cerf-volant
La ficelle vagabonde, libre, dans une mutuelle tolérance ouverte à nos mains jointes

N'éteins pas mon rêve, il s'écrie mon Coeur
du mythe imparti d'absolu...

Niala-Loisobleu
23 Février 2015
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